Procès Fiona : le martyre d’une fillette de 5 ans aux assises

JUSTICE – Le procès de Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona dont le corps n’a jamais été retrouvé, et de son compagnon Berkane Makhlouf s’ouvre ce lundi 14 novembre devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme à Riom. Jugés pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », les deux accusés, qui avaient tenté de faire croire à l’enlèvement de la fillette, se renvoient aujourd’hui la responsabilité des coups portés à l’enfant.

fiona

Il est 18h30 ce 12 mai 2013 lorsque Cécile Bourgeon, enceinte de six mois, entre paniquée au commissariat de Clermont-Ferrand : sa fille de cinq ans a été enlevée. Elle raconte s’être assoupie quelques minutes dans le parc Montjuzet où jouaient ses deux enfants. Quand elle a rouvert les yeux, seule Eva, la petite sœur de Fiona, était encore là. Devant les caméras de télévision qui fondent alors sur la capitale auvergnate, la jeune mère en larmes émeut la France en lançant un appel déchirant pour retrouver sa fille.

Une détresse de façade pour solidifier un scénario monté de toutes pièces avec son compagnon Berkane Makhlouf et dissimuler l’effroyable vérité. Fiona est morte sous les coups de ce couple accro à l’héroïne qui sera jugé à partir de ce lundi devant les assises du Puy-de-Dôme. La mère et le beau-père de la fillette devront notamment répondre de « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et de « recel ou dissimulation de cadavre ».  Trois ans et demi après les faits, les nombreuses campagnes de recherches organisées près du lac d’Aydat sur les indications des accusés n’ont toujours pas permis de retrouver le corps.

« Elle n’était pas belle à voir » Cécile Bourgeon

L’enquête a mis en lumière la « solidarité et la duplicité impressionnantes » du couple toxicomane « dans la manipulation et le mensonge ». En l’absence d’autopsie, impossible de savoir avec exactitude ce qu’a enduré Fiona. Mais les déclarations des amants terribles, unis durant quatre mois dans le mensonge et qui s’accusent aujourd’hui mutuellement des coups, laissent entrevoir l’histoire d’une enfant-martyr. Une fillette devenue  le « punching-ball » d’adultes défoncés et que l’on cache pour ne pas alerter la vigilance des autres.

Dans ses derniers moments, elle n’était « pas belle à voir », lâchera Cécile Bourgeon devant les enquêteurs. « Fiona a été victime non d’un fait isolé mais d’un enchaînement fatal de violences », « sur plusieurs jours », « ayant conduit à son décès » et « auquel chacun des deux mis en examen a délibérément participé », conclura l’enquête. Une responsabilité partagée que réfute aujourd’hui Cécile Bourgeon. « Elle reconnaît qu’elle a menti, qu’elle a failli à son rôle de mère et n’a pas su protéger sa fille de son compagnon. Mais elle conteste avoir donné le moindre coup », fait valoir auprès de LCI son avocat Me Portejoie. Le défenseur de Berkane Makhlouf n’a de son côté pas répondu à nos sollicitations.

Quand ils ont vu l’hématome, ils ont décidé de ne pas appeler les secours

Durant les deux semaines de procès, c’est la chronique d’une mort annoncée qui devrait s’écrire. Fiona a manqué l’école à plusieurs reprises en raison des traces de violences laissées sur son corps. Le personnel a noté la « mine cadavérique » d’une petite fille que le couple maquille de fond de teint pour dissimuler les ecchymoses. Et la dame du cinéma où Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ont emmené Fiona quelques jours avant son décès se souvient aussi avoir été « sidérée » par le visage de cette enfant, « tuméfiée », « pâle » et « cernée », qui avançait comme un « zombie ». Sur les images des caméras de vidéosurveillance, Fiona portait alors un joli bandeau jaune qui cachait un gros hématome.

Selon Cécile Bourgeon, Berkane Makhlouf lui avait asséné la veille des coups de pieds et de poings au thorax et à la tête, « plus violents que d’habitude ». Fiona avait été prise de vomissements. Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ne se souviennent plus de l’endroit où ils l’ont enterrée. Seulement qu’au moment où ils ont découvert le corps sans vie de Fiona dans son lit, l’hématome sur sa tempe s’était étendu. Alors, ils ont décidé ensemble de ne pas appeler les secours.

Procès Fiona : « Je veux savoir où est ma fille et ce qu’ils lui ont fait », déclare le père

« Fiona est dans mon coeur et elle y restera »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *